On entend régulièrement que l’intelligence artificielle serait un désastre pour l’écologie en raison de l’énergie consommée par les data centers. C’est un vrai sujet. Mais avant de condamner l’IA, encore faut-il comparer sa consommation à celle de nos autres usages numériques quotidiens : streaming, réseaux sociaux, visioconférences versus… vidéos de chats !

L’autre jour, un ami me dit…
On entend régulièrement que l’intelligence artificielle serait un désastre pour l’écologie enAlors qu’on discutait des évolutions de l’IA, un de mes amis proches, cadre dans l’industrie, me dit il y a quelques jours :
— Tu utilises l’IA, toi ? T’es dingue ! Moi, pour rien au monde, je ne ferais une connerie pareille !
La raison invoquée ? L’écologie. Les serveurs, les data centers, l’électricité consommée… Bref, utiliser ChatGPT serait devenu une sorte de crime contre l’humanité.
Le plus amusant, c’est que quelques minutes auparavant, il me parlait d’une série Netflix à laquelle il est accro, et que, lorsque je l’ai rejoint au restaurant, il était en train de streamer des vidéos depuis dix minutes. Et peut-être même les indispensables vidéos… de chats.
Alors je me suis posé une question toute simple : d’un point de vue écologique, vaut-il mieux passer une heure à utiliser une IA ou à streamer des vidéos de chats ?
Le temps perdu ne se rattrape jamais.
Napoléon Bonaparte
Comprendre les usages
Mais avant de parler de l’impact écologique de l’IA, regardons d’abord ce que nous faisons tous de nos écrans.
Selon Médiamétrie, les Français passaient en moyenne 2 h 40 par jour sur Internet en 2024. Un an plus tard, nous avons franchi pour la première fois la barre des trois heures : 3 h 01 par jour en 2025, soit 21 minutes supplémentaires en seulement un an. Et chez les 15-24 ans, on atteint désormais 4 h 53 par jour ! Se rend-on compte de ce que cela représente ? Près de cinq heures par jour passées devant un écran à… quoi, exactement ?
Mais que faisons-nous pendant tout ce temps ?
– des réseaux sociaux et des messageries : Facebook, Instagram, TikTok, WhatsApp…
– de la consommation de vidéos : YouTube, Reels, TikTok…
– du streaming : Netflix, Prime Video, musique, podcasts…
– des visioconférences : Teams, Zoom, Meet…
– de la navigation, des actualités, des achats, des jeux…
– et, désormais, de l’intelligence artificielle.
En 2024, 1 h 03 de nos 2 h 40 quotidiennes était déjà consacrée aux seuls réseaux sociaux et messageries. Quant à la vidéo, elle concernait déjà 52,5 millions de Français chaque mois… soit la quasi-totalité des internautes.
L’IA n’arrive donc pas dans un monde numérique écologiquement vierge. Elle vient s’ajouter à une consommation numérique déjà massive et en forte progression.
Mais au fait, combien ça consomme ?
Évidemment, l’IA consomme de l’énergie. Une requête doit être traitée par des serveurs installés dans des data centers qui consomment de l’électricité et nécessitent d’être refroidis.
Mais le streaming, les réseaux sociaux, le cloud ou les visioconférences reposent eux aussi sur des infrastructures bien réelles : derrière nos écrans, il y a toujours des appareils, des réseaux et des serveurs.
Les chiffres varient fortement selon les modèles d’IA, la résolution des vidéos, le réseau utilisé et surtout l’appareil. Il faut donc les considérer comme des ordres de grandeur, et non comme des mesures au Wh près. Pour donner quelques repères :
🤖 1 heure d’IA texte — environ 50 requêtes : ~15 Wh de calcul IA
🎨 1 heure d’IA avec 5 images générées : ~20 à 30 Wh de calcul IA
🐱 1 heure de scrolling TikTok, Instagram, Reels ou vidéos de chats : ~30 à 80 Wh
💻 1 heure de visioconférence Teams/Zoom avec caméra : ~50 à 150 Wh
📺 Un film de 2 heures sur Netflix ou une autre plateforme, sur une grande télévision : ~200 à 400 Wh
Ces valeurs ne sont pas directement comparables au Wh près : les estimations disponibles ne reposent pas toutes sur le même périmètre. Pour l’IA, certains chiffres mesurent essentiellement l’électricité nécessaire au calcul dans les data centers ; pour la vidéo, les études peuvent également intégrer le réseau et surtout le terminal utilisé — smartphone, ordinateur ou téléviseur. À titre de repère, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) rapporte une consommation moyenne d’environ 0,34 Wh pour une requête ChatGPT, sur la base des données publiées en 2025. Cela donnerait environ 17 Wh pour 50 requêtes textuelles. Mais une requête complexe, utilisant du raisonnement ou générant des images, peut consommer sensiblement davantage.
Mais elles permettent de comprendre quelque chose d’essentiel : une heure passée à travailler avec une IA textuelle peut consommer moins d’énergie que nombre de nos usages numériques quotidiens. Et même en générant quelques images, on reste dans des ordres de grandeur comparables à certains usages que nous pratiquons chaque jour sans vraiment nous interroger sur leur impact.
Savoir cela devrait donc nous éviter… de dire quelques conneries !
Article Cette erreur qui vous a déjà coûté 250.000 € !
Mais attention : Toutes les IA ne se valent pas !
Il faut néanmoins éviter l’excès inverse : prétendre que l’IA ne pose aucun problème écologique serait tout aussi absurde.
Entre demander à ChatGPT de corriger un courrier important et lui faire générer 17 versions d’une vidéo de plusieurs minutes, il existe un gouffre. Les modèles complexes, les raisonnements prolongés, la génération d’images et, surtout, de vidéos peuvent nécessiter beaucoup plus de calcul. Et multiplié par des centaines de millions d’utilisateurs, même un usage individuel relativement faible finit par représenter une consommation considérable.
Et attention aux perfectionnistes !
Ce n’est donc pas tant « l’IA » qu’il faudrait sanctionner que la démesure dans nos propres usages de l’IA : j’ai vu un personne de mon entourage la semaine dernière qui a passé une heure (et donc une trentaine de requêtes IA) à modifier le visuel d’une image pour la poster sur Facebook, et générer 2 likes.
Exactement comme pour Internet : lire un article pendant dix minutes, passer une heure en visioconférence ou regarder un film en 4K pendant deux heures utilisent tous Internet, mais n’ont évidemment pas la même empreinte.
Alors oui, l’IA consomme. Mais TikTok consomme. Netflix consomme. WhatsApp consomme. Teams consomme. YouTube consomme. L’IA n’a pas inventé l’empreinte écologique du numérique.
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Et si nous parlions aussi du temps consommé ?
Reste une dimension dont on parle encore moins : ce que nous faisons de cette énergie… et du temps consommé.
Une heure passée avec une IA peut permettre de comprendre un sujet, de préparer un cours, de rédiger un document, d’apprendre une langue, de programmer, de développer une idée ou d’avancer efficacement sur un projet.
Une heure passée sur TikTok, Instagram ou à regarder des vidéos d’influenceurs — ou de chats — peut certes détendre. Mais lorsque nous consacrons désormais plus de trois heures par jour à Internet, la question de l’usage que nous en faisons, et surtout du temps que nous y consacrons, mérite au moins d’être posée.
Article Génération Z , comment les impliquer ?
Et vous ? AVEZ vous évalué votRe propre usage ?
Alors oui, intéressons-nous aux watts consommés par l’intelligence artificielle. Exigeons des modèles plus efficaces, des data centers moins énergivores et une électricité moins carbonée. Mais interrogeons-nous aussi, et avec autant d’attention, sur les centaines d’heures que nous abandonnons chaque année au scrolling, sans même nous en rendre compte.
Car, comme le disait si bien Napoléon, Barbara ou Trust, « Le temps perdu ne se rattrape jamais/guère/plus. »
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